Le billet d’Ivette Vanescote

AU BOULOT, LES GARS !

Sans oublier les filles.

Un jardin au printemps : les fleurs abondent, les insectes et les oiseaux ne savent où donner de la tête, de la voix. Le rouge-gorge s’époumone dans les pruniers sauvages, juste au-dessus de la visiteuse du matin. Sa poitrine se gonfle de son chant joyeux, jusqu’à risquer l’explosion. La nature exulte, chante la belle saison retrouvée. Les rayons d’un soleil clément épongent la rosée matinale. Rien ne vient troubler le moral du jardinier.
Rien ?
Cette générosité profite à tout le monde, « indésirables » comprises et il faut se démener si on ne veut pas voir fleurs et légumes envahis par plus forts qu’eux.
Limaces, prédateurs en tous genres veillent tant que l’homme dort et grignotent, attaquent à qui mieux mieux les jeunes pousses.

Un jardin en été caniculaire : tout le monde est à la peine, les fleurs pendouillent lamentablement, les légumes se traînent : haricots rares et mollassons, fraises petites et rares. Il n’y a que les tomates qui rougissent de plaisir, d’autant plus qu’on leur arrose les pieds régulièrement. Les oiseaux se sont tus, jusqu’à la sortie de l’hiver prochain. Même les limaces sont à la traîne. Pas étonnant pour elles, me direz-vous. Bien visé.
Les oiseaux s’abreuvent à la coupe que les humains partagent avec eux.
Le jardinier et les agriculteurs s’épuisent à arroser ce qui ne pousse quand même pas aussi bien qu’après une pluie généreuse.

Dieu créa l’homme, le plaça dans le jardin et lui donna pour mission d’y travailler et d’en prendre soin. Ce jardin paradisiaque, lieu de travail, de responsabilité. Terre bénie, féconde, généreuse. Il ne faut même pas semer : tout pousse de soi-même. Il suffit d’étendre la main et de cueillir les fruits mûrs. Même l’arbre de vie lui est accessible et manger de son fruit lui permet de vivre toujours. La terre permet à cet homme (adam/homo), tiré du sol lui-même (adama/humus), de vivre sans jamais craindre de manquer ni de mourir. Tout lui est permis.

Sauf.
Sauf une chose : manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est chouette non, de connaître le bien ? Pourquoi un tel interdit ? Le bien a son pendant : le mal. Et si tu lui ouvres la porte, tout se gâte. Le bien qu’on veut faire tourne comme lait oublié au soleil.

Et voilà. Nos jardiniers de la Genèse ont voulu goûter à la liberté de désobéir. Il faut en tirer les conséquences : cette terre si généreuse devient hostile, pleine de ronces et d’épines. S’ils veulent manger du pain et non brouter l’herbe comme des animaux, il va falloir se retrousser les manches, bêcher, semer, sarcler, arroser, lutter contre les prédateurs, craindre pour sa vie si la récolte est maigre…
La conséquence de la désobéissance n’est pas le travail en lui-même, mais les difficultés inhérentes à toute activité. L’absence de résultat, malgré de nombreux efforts, malgré la sueur versée, voilà le lot qui attend l’humanité.
Mais, dans la pensée juive, la sanction divine n’est jamais définitive : l’homme peut surmonter les difficultés par l’effort, la technique, l’ingéniosité. Ne peut-on pas trouver de ça dans l’image de Dieu qui habille de peaux de bêtes nos deux jardiniers à l’aube de leur nouvelle vie aride ?

Le travail : vocation donnée par Dieu à l’homme, dès sa création…
N’est-il pas temps, en cette période de rentrée, de redécouvrir la dimension positive et « paradisiaque » de cette vocation ? N’est-il pas temps de retrouver du bonheur à pouvoir travailler ? N’est-il pas temps d’être conscient du privilège d’avoir un travail ?

Cela n’exclut évidemment pas la lucidité quant à la « face Nord » du travail, son exploitation, les conditions dans lesquelles il s’exerce. Les ronces et les épines…
Courage, les amis et… au boulot !


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Pasteur George Quenon
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