Le billet d’Ivette Vanescote

UN BUS NOMMÉ HUMANITÉ

Les plus anciens d’entre nous (ou les plus cultivés ?) se souviendront de la pièce de Tennessee Williams : « Un tramway nommé Désir », pièce jouée pour la première fois, en 1947, au théâtre Ethel Barrymore et pour laquelle il a remporté le prix Pulitzer en 1948.
Je ne l’ai pas vue, ni le film qui en a été tiré, j’étais trop jeune, mais j’en ai évidemment entendu parler tant sa réputation s’est répandue pendant de nombreuses années après sa création.

Par contre, ce que j’ai vu de mes yeux vus, c’est le bus si joliment nommé « Humanité », gambadant dans les environs de la gare du Midi où nous allions reconduire une « pigeonne voyageuse » de la famille. Direction le grand Sud, en avant toutes. En partant du Midi, c’est un pléonasme !

Un bus « Humanité », voilà qui me fait délirer et gamberger au maximum. La curiosité me pousse, moi qui suis réfractaire à tout transport en commun, à faire connaissance avec son itinéraire : gare du Midi, Bara (Bara, qui ? Elle est facile, celle-là), Eloy (le grand saint qui surveille la culotte du roi Dagobert ?), Vétérinaires (les amis des toutous et des minets), Deux Gares (déjà une, ça me fout le bourdon, je préfère les aéroports), Petite Ile (celle de Robinson et de Vendredi ?), Hermès (le dieu ou le sac de luxe ?), Labeur (celui qui fait suer ou l’ancien trésorier de l’EPUB ?), International (comme Amnesty. Je l’ai placée, yes !), Bollinckx (alors là, je cale, à part de vagues réminiscences enfantines à propos de « bollewinkel », oui, je suis une Brusseless de naissance), Mozart (que vient faire Wolfgang Amadeus dans ce tas de brols disparates ?) et, enfin, le terminus : Humanité.

Un bus transportant un panel de l’humanité, hommes/femmes, jeunes/vieux, grippés/vaccinés, pâles/colorés, riches/pauvres, bcbg/prolétaires, profs d’univ. écolos (ben oui, pour prendre le bus !)/recalés des trente-six sessions, artistes/illettrés… Bon, j’arrête, vous avez compris, et puis si cela vous amuse, vous pouvez continuer tout seuls.
Je répète, un bus véhiculant un échantillonnage d’humains, en direction du terminus : humanité ! C’est pas beau, ça ?
Humanité, dans les sens : « qualité humaine ».

Je me prends à rêver : on charge plein d’inhumains pour les amener à « Humanité ». Cela pourrait même être une sorte de régénération, de passage obligé pour les délinquants, pour les politiciens laissant se geler au parc Maximilien des moins chanceux que nous, pour les durs de cœur, les égoïstes, les méchants, les indifférents, les… comme nous lors des mauvais jours…
Montez à l’avant, door schuiven, asteblief ! (souvenir de jeunesse) On se pousse, on se bouscule, on se marche sur les pieds. Fait bondé à toute heure… Déjà, à l’arrêt Mozart, les mœurs changent et s’adoucissent, effet bien connu de la musique. On approche de la fin du parcours, les uns et les autres se saluent, deviennent prévenants, oublient tous leurs préjugés, leurs haines, leurs calculs d’apothicaire, leurs défauts pour devenir de vrais humains, de bonnes gens, pétris dans de la pâte à brioche, au moins. Ils sortent du bus, transformés, rayonnants, joyeux.

Ils y sont arrivés !
Humanité !
Faut-il vraiment prendre le bus pour faire ce parcours ?
Je devine que beaucoup d’entre nous ont une réponse de foi, à cette question. Pas de ticket à prendre, le chauffeur est connu et fiable, Il nous guide et nous fait rentrer au plus profond de nous-même, là où brûle la (petite ou grande) flamme d’humanité.




contact:
Pasteur George Quenon
Téléphone : 0494 421 380
courriel: dinantmorville@gmail.com